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Claudia Fritz, chercheuse en Acoustique Musicale au sein de l’équipe Lutheries – Acoustique – Musique, de l’Institut Jean Le Rond d’Alembert à l’ Université Paris 6, a ébranlé le monde de la musique classique lors de la sortie des résultats de ses recherches.  L’expérience a été réalisée lors de la dix-huitième édition de l’International Violin Competition of Indianapolis (IVCI) en septembre 2010.

Pour essayer de comprendre l’engouement des musiciens pour les Stradivarius ou del Gesù, Claudia Fritz s’est tournée vers l’oreille des musiciens.

Peuvent-ils discerner un Stradivarius d’un del Gesù ou d’un violon moderne? Dans un contexte neutre, sans connaissance de l’instrument joué, peuvent-ils discerner les uns des autres? Et lequel préféreront-ils?

Claudia Fritz

21 violonistes ont été convié. Grands violonistes, vainqueurs de concours, étudiants, de 20 à 65 ans, tous ont eu la chance de jouer un Stradivarius ou un del Gesù. Dix d’entre eux étaient titulaires d’un master ou d’un doctorat, dix-neuf étaient musiciens professionnels dont onze solistes, seize chambristes et quatorze musiciens d’orchestre. Enfin quatre d’entre-eux concouraient à l’IVCI, deux étaient membres du jury et huit étaient de l’orchestre Symphonique d’Indianapolis. Pourraient-ils percevoir la différence entre un violon contemporain  et un ancien italien ?

La sélection des violons était composé d’un Guarneri del Gesù (1740) et 2 Stradivarius (1700 et 1715). Le plus ancien des Stradivarius était la propriété d’un grand violoniste du XXe siècle, aujourd’hui devenue propriété d’un grand institut.  Le plus récent provient de la période d’Or, utilisé par des violonistes renommés pour certains concerts. Il y avait également un Del Gesù de la période d’or. Avec l’aide du grand luthier américain Joseph Curtin, Claudia Fritz a  réuni ces trois violons qui valent à eux seuls 10 Millions $. Tous les violons (6) avaient des cordes identiques.

Afin que cette expérience se déroule dans les meilleures conditions, Claudia Fritz a proposé aux violonistes de prendre leurs propres archets : « Compte tenu de l’absence de recherches sur le sujet, nous avons simplement suivi une pratique courante: Lorsque un violoniste teste un instrument, il utilise généralement leur propre archet, ils y sont habitués. Cela permet d’éviter l’introduction d’une nouvelle variable dans leur expérience.« 

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Le lieu de cette expérience est très controversé actuellement. Claudia Fritz a veillé à choisir une salle à l’acoustique  relativement sèche qui permet peu de réverbération. Elle a donc choisi une chambre. Aux critiques, Claudia Fritz y répond clairement : « Les musiciens utilisent des violons dans toutes sortes de salles de répétition,  ils (les violons) sont régulièrement jouées dans des chambres d’hôtel! … Une salle de concert reflètent l’acoustique de cette salle en particulier, et l’acoustique change de façon spectaculaire quand une salle est pleine, ce qui rend une salle vide un peu moins convaincante pour l’espace de test. »

Tout au long des séances, les musiciens portaient des lunettes de soudeurs modifiés (tout comme celui qui donnait les violons), qui, dans une pièce assombrie, leur rendait impossible d’identifier les instruments à l’œil. Pour masquer des odeurs distinctives, un peu de parfum a été mis sous la mentonnière de chaque violon. La chambre d’hôtel a été divisée en deux zones par un écran en tissu.

Dans un premier temps, les violonistes essayaient durant une minute chaque violon. Ils étaient organisés par paires, un ancien un récent. Le musicien devait à la sortie définir sa préférence pour chaque paire. Puis, Claudia Fritz a mis les « testeurs » dans une condition d’achat en magasin. Les violonistes devaient définir dans un temps prédéfini de 20 min le violon qu’ils aimeraient emporter. Certes, il est impossible de choisir un violon en 20 min, pour cela même que Claudia Fritz ajoute  « Nous avons demandé aux musiciens de considérer quel violon ils préféreraient dans l’instant, dans les conditions d’essai, plutôt que de définir le meilleur violon, celui qu’ils aimeraient ramener à la maison pour des tests supplémentaires, et non pas celui qu’ils aimeraient acheter. L’idée était de reproduire une situation réelle  et typique, où un musicien teste en premier lieu un certain nombre de violons dans un magasin, puis décide d’en prendre un à la maison pour un essai plus long. »

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Le résultat  de cette étude est très surprenant. Il s’avère que le violon rejeté par les musiciens fût le Stradivarius de 1700. Les violonistes ont plébiscité largement les nouveaux violons, seulement 8/21 musiciens ont choisi les anciens violons. Dans les deux séries de l’expérience en double aveugle, les musiciens n’ont pas semblé faire la différence entre un nouveau et un ancien violon. Le mal-aimé fût donc définitivement le Stradivarius, le préféré fût un nouveau violon de belle qualité. A noter, le violoniste a fait cette expérience avec le violon sous l’oreille et non en auditeur.

Cette étude fût un coup de tonnerre pour les professionnels de la musique classique. Les  médias spécialisés n’ont pas hésité à remettre en question le contexte de l’expérience en la déclarant nulle.

John Soloninka, l’un des violonistes participant à l’étude a dit «C’était passionnant. Je pensais moi aussi être capable d’établir une différence, mais j’en ai été incapable» et «Si après cette étude vous faîtes des critiques mesquines et rejetez cette étude, alors vous êtes dans le déni. Si nous-même, au nombre de vingt-et-un dans des conditions de contrôle, ainsi que mille cinq cents personnes dans un hall n’avons pu repérer aucune différence, et cela en accord avec des études antérieures alors il est temps d’enterrer le mythe des violons anciens».

Crédit Photo: Claudia Fritz


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